Chronique de vie : Iyan Johnson

29 Jul
2012
La photo de Iyan JohnsonAujourd'hui le BAC vous propose un article rédigé par Iyan Johnson. Iyan fait le bilan de ce qu'il a vécu depuis septembre 2009, lorsqu'il a obtenu le diplôme d'ingénieur en Cognitique et qu'il a choisis de tenter d'aider son pays, le Sénégal. Un bilan plein d'enseignements et de convictions.Tout a commencé par mon stage à l'Institut National de Recherche Agronomique. Celui-ci avait pour sujet "intégration de connaissances expertes dans les algorithmes d'apprentissage automatique". Il a duré 6 mois et consistait à introduire des connaissances issues d'un expert, sur la base d'entretiens, dans des arbres de décisions. Les connaissances étaient introduites sous forme d'ontologies (spécifications des termes et concepts d'un domaine, ainsi que des relations que les concepts entretiennent entre eux). Mon premier (et dernier...) article scientifique a été publié à cette occasion à une conférence internationale.Ce stage à Montpellier fut une riche expérience à la fois professionnelle et humaine. J'ai rencontré des gens formidables (dont un ancien élève de l'ENSC qui était en thèse là bas en intelligence artificielle). L'équipe à l'INRA était une très petite équipe dont les travaux tournaient autour de l'intelligence artificielle, la gestion des connaissances et de la prise de décision.A l'issu de ce stage j'avais un choix à faire, soit continuer en thèse en essayant de trouver un financement, soit retourner chez moi au Sénégal.Depuis quelques temps mon esprit était très attiré par les problématiques de développement de nos pays du "tiers-Monde". Je caressai le doux espoir (un peu trop naïf à l'époque peut être) de pouvoir contribuer au développement de mon pays et de faire partie de ceux qui élimineraient le terme "sous développement" de la bouche de l'humanité.Après mon stage un événement déterminant va faire pencher la balance. Le laboratoire de l'INRA ou j'avais effectué mon stage abritaient également des chercheurs de l'Institut National de Recherche en Informatique et Automatique (INRIA). Ceux-ci, intéressés par mes travaux, m'ont proposé un CDD de trois mois dans le domaine du Web-Sémantique (donner un sens au web). Poste que j'ai accepté pour élargir mon réseau. Ce choix c'est avéré déterminant car il se trouvait que l'équipe de recherche de l'INRIA travaillait avec une université sénégalaise (Université Gaston Berger) dans le domaine du Web sémantique. Quel heureux hasard ! Le rêve commençait à se concrétiser : J'allais enfin pouvoir travailler pour mon pays et contribuer au développement de celui-ci à travers la recherche en informatique appliqué à l'Agronomie !! Ou du moins c'est ce que je croyais à cette époque. Je ne me doutais pas que le Sénégal, comme la majorité des pays d'Afrique, a ses propres réalités.A l'issu du CDD à l'INRIA je suis rentré au Sénégal pour intégrer le Laboratoire d'Analyse Numérique de l'Université Gaston Berger de Saint Louis avec pour thématique de recherche le web sémantique. L'équipe de recherche (très petite équipe) travaillait dans la mise en place d'une plate forme de gestion de connaissance pour les acteurs du monde agricole. Parallèlement aux activités de recherche j'ai eu la formidable opportunité de dispenser des TD sur le langage Pascal aux étudiants de 2ème année MASS, et également des cours de modélisation UML, de SGBD (Microsoft Access) et de Base de données. Malheureusement, concernant les activités de recherche, je suis resté un peu sur ma faim. Les travaux de recherche sont trop déconnectés des problématiques de développement du pays, les acteurs du secteur privé ne voient pas du tout l'intérêt de la recherche et celle-ci se développe en autarcie au sein des universités sans réel valeur ajoutée pour le pays (un peu comme un moteur tournant dans le vide).La conclusion que je tire est que le développement de la recherche doit se faire en symbiose entre les acteurs étatique et le secteur privé. Ceux-ci doivent définir des thématiques de recherches prioritaires pour le pays et voir l'articulation à mettre en place entre les différents partenaires, chacun devant s'impliquer pour mener à bien le projet. Mais dans un pays "sous développé" cette conception des choses reste une utopie à l'heure actuelle. La recherche n'est pas valorisée.Au bout d'un an et demi je décide de mettre fin à l'expérience Saint-Louisienne, une autre opportunité m'appelle.  Il s'agit d'un projet qui démarre, toujours dans le domaine de l'agriculture. Ce projet consiste en la mise en place de la première bourse agricole de l'Afrique de l'Ouest. Je trouve le projet intéressant malgré les mises en garde de mon entourage concernant le fait que l'environnement sénégalais n'est pas assez mûr pour ce genre de projet. Décidant de passer outre ces avertissements je choisis de m'y impliquer. Le projet consiste en la mise en place d'un marché électronique : un espace de commercialisation permettant aux producteurs de mettre en vente leur production agricole au meilleur prix et de disposer d'une grande visibilité au niveau des acheteurs. La vente porte sur des produits stockés en entrepôts et certifiés (le système de "certificats d'entrepôts). Avec ce dispositif le producteur peut choisir le moment de la vente de son produit en profitant des variations des prix du marché. Le système est très novateur et permettrait de moderniser l'agriculture mais malheureusement le projet est un peu prématuré pour le Sénégal et dispose de peu d'accompagnement de la part de l'état et des acteurs du domaine. Nous sommes une très petite équipe pour un projet très lourd donc ce n'est pas évident. Il y a également un grand travail de coordination pour impliquer le secteur bancaire, les entrepositaires privés, et les acteurs du monde agricole.A l'heure actuelle, je travaille toujours sur le projet de Bourse agricole en tant que chargé de formation. Parallèlement au projet, je démarre également une ferme agricole sur 10 hectares. Nous y ferons du maraîchage, de l'arboriculture et de l'élevage (ovin, bovin, aviculture). Je porte beaucoup d'espoir sur cette activité. Un facteur crucial sera de se familiariser avec les circuits de distribution et de trouver également une clientèle fidèle.Mon parcours depuis la fin de l'ENSC a donc été assez chaotique, un enchaînement d'essais-erreurs et de bifurcations. Malgré tout je ne regrette rien. L'expérience en a valu la peine. Mon regard à beaucoup changé sur mon pays et je suis beaucoup moins naïf qu'au début de mon retour au Sénégal. J'ai appris à connaître les mentalités des gens, qui, au final, constitue le principal frein à l'avancement du pays. Je me rends compte de toute l'importance de l'éducation pour un pays. Un autre pré-requis au développement est le partage d'une vision et d'un objectif commun pour le pays. Avoir une vision partagée par l'ensemble des couches de la population, du gouvernement au mendiant dans la rue. Avoir une conscience d'unité parmi la population et une volonté ferme d'évoluer. Mais dans un pays ou la préoccupation de la majorité de la population est la survie au jour le jour, ou le contexte économique est morose et ou les jeunes s'entassent sur les bancs du chômage, les obstacles sont nombreux.Voici l'image un peu pour fixer les choses. Imaginez que vous soyez envoyés pour rendre habitable la forêt amazonienne. Les premiers à s'y aventurer seront ceux à se faire piquer par les serpents et à affronter toutes les petites bêtes. Ce sont toujours les premiers qui sont au banc du sacrifice (qu'est il arrivé au premier à dire que la terre était ronde??), mais cela est nécessaire pour que ceux qui suivent puisse pouvoir s'y épanouir. C'est un peu la manière dont je vois les choses.Bonne continuation à tous ! Œuvrons pour un monde meilleur !

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